La TAD Evolution One à l’écoute

TAD

Proposer les Evolution One à 28 000 euros la paire est un pari gonflé de la part de TAD, qui s’offre ainsi une concurrence frontale avec un certain nombre d’enceintes haut de gamme aux blasons plus connus du monde de la haute-fidélité, tout du moins de ce côté-ci de l’Atlantique.

Imposantes et hautes, les Evolution One sont de grandes enceintes, bien qu’elles cachent assez bien leur taille par des formes arrondies agréables à l’œil. Elles se destinent à une pièce de taille respectable dans laquelle leurs qualités de spatialisation et leur bande passante impressionnante pourront s’exprimer librement. J’ai eu l’opportunité de les écouter dans mon salon, qui fait une petite vingtaine de mètres carrés, mais ma pièce était déjà un peu dépassée par les événements, même si elles ne se sont jamais montrées dures ou projetées en ma compagnie. Mal installées et mal associées, elles pourront paraître un peu mécaniques à la limite, alors qu’elles s’épanouissent naturellement dans un grand espace, en développant une image stéréo d’une précision exceptionnelle, sous-tendue par un grave puissant et structuré, qui ne manquera pas d’impressionner le moment venu, tout en restant bien à sa place le reste du temps.

C’est, tout compte fait, confortablement et longuement installé dans un auditorium d’une cinquantaine de mètres carrés que j’ai pu me rendre compte de leur considérable potentiel. À la source, un drive MSB Data IV branché sur un convertisseur MSB Platinum DAC IV. Un appareil que je connais bien pour l’avoir longuement testé dans mes murs. Il est ici associé à deux électroniques différentes : un Emitter 2, l’intégré majuscule en quatre châssis (!) du constructeur allemand ASR, ou l’amplificateur Coda TSX branché directement à la sortie variable du convertisseur MSB. Le câble de modulation est un Jorma Origo en RCA, alors que le câble HP est un Quintessence Sublime de chez O2A.

CD-BojanZ-XenophoniaSur le deuxième concerto pour piano de Frédéric Chopin, les Evolution One recréent une image « grand écran » entre les colonnes, avec une énergie considérable sur les attaques du piano et sur l’orchestre lorsqu’il le faut. Pour autant, elles sont aussi d’une grande retenue sur les pianissimo de la partition. Tout apparaît net et précis, des timbres jusqu’au placement des instruments. Sur « Ulaz » du disque de Bojan Z Xenophonia, on a l’impression de voir les cordes pincées directement par la main de l’artiste (car c’est effectivement ce qu’il fait !, debout devant le clavier), avec la batterie et la contrebasse pratiquement au même niveau, la contrebasse de Remi Vignolo prolongée naturellement par le pied de la grosse caisse et le coffre du piano. Je reconnais l’écoute que je connais, le jeu percussif et rythmique de Bojan. On est au spectacle !

Visiblement, les Evo 1 adorent l’ASR Emitter 2 ! La force tranquille de ce dernier lui offre des qualités de modulation impressionnante à bas comme à haut niveau. Dans ce contexte, le Live à FIP d’Eric Bibb apparaît parfaitement contenu entre les enceintes, le timbre de chaque guitare remarquablement défini, le bas très contrôlé, mais avec beaucoup de vie.

CD-Brian-EnoD’une manière générale, les Evolution One sont des enceintes expressives qui adorent les grandes formations orchestrales, mais aussi la musique électronique sur laquelle leur coaxial et leur grave puissant et très contrôlé font des merveilles ! Le premier morceau du disque de Brian Eno, Drums Between the Bells,  « Bless » donne lieu à une explosion d’énergie dans l’espace assez impressionnante. Ça pousse très fort, tout en restant parfaitement lisible à tous les niveaux. Dans ce contexte, le « petit » Coda TSX (plus de 6 000 euros tout de même !) fait merveille pour donner du tonus aux grandes colonnes, et je passe un excellent moment à redécouvrir ce disque à niveau réaliste, si tant est que ce terme ait un sens avec ce type de musique électronique. Pour autant, la transparence de l’Evo One ne joue pas en faveur des mauvais disques, mais c’est indissociable d’une écoute haut de gamme. On ne pourra donc pas leur en vouloir, d’autant qu’elles savent éviter l’agression caractérisée sans pour autant compromettre le haut du spectre, grâce à une définition remarquable. On touche ici les bénéfices de certaines des technologies utilisées sur les modèles Reference, c’est bien le but de la manœuvre !

Fidèles et droites, les Evolution One restent donc fidèles au credo de la marque, qui a créé sa légende en studio. Ce qui ne veut pas dire qu’elles ne savent pas se montrer extraverties, bien au contraire ! Comme toutes les enceintes qui ne tordent pas à haut niveau, on n’a jamais l’impression de jouer trop fort… Ce qui peut devenir un problème mais n’en pose pas ici. Ce n’est que la moitié d’un problème de toute façon, car les TAD savent aussi jouer moins fort, voire se montrer confortable à bas niveau, sans trop perdre en cohérence, ce qui est toujours une gageure sur une colonne de cette taille.

En conclusion

Le choix d’une paire d’enceintes du niveau des Evolution One se fait souvent sur un coup de cœur, et je doute que le sacro-saint rapport qualité/prix ait encore un sens arrivé à ce niveau de gamme ! Au croisement d’un caractère franc et d’une définition supérieure, les Evolution One proposent une grande écoute, qui bénéficie de leur haut-parleur coaxial pour s’épanouir devant l’auditeur en trois dimensions. Jamais projetées, très expressives, elles n’en restent pas moins exigeantes pour révéler tout leur potentiel, mais c’est le lot de toutes leurs concurrentes. En attendant, si vous tombez sous le charme de l’écoute TAD sans pouvoir vous offrir une « Reference », l’Evolution One saura vous séduire par ses qualités de transparence, sa bande passante étendue et la parfaite mise en phase de ses transducteurs. Et lorsque tout est au rendez-vous, la magie d’une écoute haut de gamme dont on se contenterait tous les jours !