Les deux faces de Chostakovitch

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Dans un disque remarquable à tous égards, Mirare nous propose deux facettes du grand compositeur russe. D’abord celle du Concerto n° 1 et des 24 Préludes, écrits dans un climat de totale liberté artistique. Puis celle du Concerto n° 2, plus sombre, et jalonnée d’épreuves et de désillusions. Tout cela avec un son…

Dimitri Chostakovich – Concerto pour piano, trompette et orchestre à cordes n°1 opus 35
- Vingt quatre préludes Op. 34 
- Concerto pour piano et orchestre n°2 opus 102 – Lahti Symphony Orchestra – Okko Kamu (direction) -
Andrei Korobeinikov (piano) -
Mikhail Gaiduk (trompette) – Mirare

Charismatique autant qu’énigmatique, Dimitri Chostakovitch (1906-1975), musicien le plus célèbre d’URSS, a fait l’objet de nombreuses biographies. Dans celle de Detlef Gojowy (1988), et surtout dans celle de Bertrand Dermoncourt (2006), l’on comprend parfaitement sa vision de la musique, censée véhiculer un message humaniste. Il n’est donc pas étonnant que cet homme fut profondément marqué par les épreuves que son pays traversa, et qu’il subit de plein fouet comme tous les intellectuels russes qui furent ses contemporains.

Ce disque l’illustre pleinement au travers de trois œuvres séparées de 25 ans. En effet, il n’en a que 26 à l’époque du premier concerto et des préludes, et sa notoriété est déjà aussi remarquable, que sa vie personnelle est comblée. Quand il crée le second concerto, Chostakovitch a 50 ans, essuyé des revers sentimentaux, et déjà enduré deux condamnations officielles. D’ailleurs la violence et la gravité qui émanent de cette dernière œuvre sont aisément perceptibles ; tout comme la douceur et l’espérance que contient le premier concerto. Impossible de s’y tromper. Si le style est indéniablement le même, les épreuves semblent l’avoir épuré et exacerbé simultanément.

Pour le mélomane, ce disque constitue un inimitable voyage temporel au sein de l’œuvre d’un compositeur majeur du vingtième siècle, et d’autant plus intéressant que ses pièces pour piano sont loin d’être les plus nombreuses. L’interprétation est auréolée d’une humanité exceptionnelle. Enfin, la qualité sonore est à citer en exemple. La prise de son, effectuée en mai 2011 en Finlande, au Sibelius Hall de Lahti, nous offre une vision proche de l’événement, sans pour autant nous plonger au cœur de l’orchestre. Nous demeurons spectateurs, mais totalement privilégiés, grâce à la bienveillante attention d’Andreas Ruge et Martin Nagorni, les ingénieurs du son. Précisons également que ce disque offre un son d’une très appréciable pureté. Pas la moindre coloration n’est à déplorer, ni la moindre carence de matière. Son réalisme tonal est magistral, tout comme sa véracité spatiale.