Test : Heed Obelisk SI

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Rescapé des années 80 sous cette seconde incarnation, l’Obelisk SI est beaucoup plus qu’une relique, c’est un produit décalé, quelque peu anachronique, mais qui n’ignore rien de la modernité. Analyse & conclusion ci-dessous !

Lorsque l’on dit « seconde incarnation », l’on devrait en réalité dire troisième. Car avant de s’appeler « Obelisk », ce petit ampli intégré existait déjà sous le nom de Nytech dans les années 70. Son concepteur, Richard Hay, un ancien de Radford, créa à cette époque une gamme d’électroniques ultra-compactes à transistors. Puis Nytech devient Ion Systems quelques années plus tard, et la gamme Obelisk vît le jour. Pléthorique, elle comptait une ligne d’intégrés (1, 2, 3) et une alimentation optionnelle pour le 3, la X Pak 1. Atypique aujourd’hui, le format « shoebox » était très en vogue à l’époque, comme en témoignaient les Naim, Cyrus ou Onix…

Depuis quelques années, la société hongroise Heed fabrique la troisième génération de l’Obelisk avec la bénédiction et les schémas originels de Richard Hay. Bien sûr, l’appareil a été sensiblement modernisé en termes de composants et de fabrication. Mais le concept est resté le même : un amplificateur minimaliste à transistors qui sonne comme une électronique à tubes. Ce qui est d’ailleurs un raccourci qui tombe sous le sens, comme l’analyse sonore se chargera de le démontrer dans deux paragraphes.

L’Obelisk SI est pourvu de cinq entrées de niveau ligne, sélectionnables via le rotateur frontal. Un système de circuits imprimés enfichables optionnels permet de l’agrémenter, soit d’une carte phono pour cellules à aimant mobile, soit d’une section de conversion numérique analogique. La connectique est déjà prévue en face arrière. Les prises RCA ainsi que les quatre bornes HP sont des modèles dorés basiques mais robustes. Une paire de cinch supplémentaires permet de connecter un bloc de puissance supplémentaire pour réaliser une efficace bi-amplification passive. Une prise à cinq broches verrouillable assure la liaison de l’Obelisk SI avec l’alimentation externe optionnelle X2. L’ampli est équipé d’une télécommande au format carte de crédit qui pilote ses fonctions de base, ainsi que celles de tout lecteur de CD compatible au code RC5.

Capot ôté, l’Obelisk SI dévoile une électronique simple mais très astucieusement implantée. Contre le panneau frontal, un premier circuit imprimé comprend la commande de volume basée sur un potentiomètre motorisé ALPS. Vient ensuite le circuit principal concentrant l’étage de puissance et la pré-amplification (les connecteurs des cartes optionnels y sont visibles). L’Obelisk adopte une configuration lui permettant d’éviter le couplage en courant continu, à la manière des amplificateurs à tubes. La puissance de 35 watts sous 8 ohms est obtenue par un push-pull de transistors par canal. Les détails sont soignés, notamment le positionnement des différents organes, pour éviter l’influence néfaste des rayonnements électromagnétiques sur les plus fragiles d’entre eux. L’alimentation est assurée par un transformateur torique et des condensateurs de filtrage surdimensionnés par rapport à la puissance annoncée. Les extrémités des ailettes du  dissipateur thermique sont bloquées par une plaque métallique de façon à les empêcher de « chanter », et à étanchéiser l’intérieur de l’appareil.

Analyse sonore
L’Obelisk SI est un petit ampli haut en couleurs qui sonne de façon plus persuasive que ce que sa taille de guêpe ne pourrait laisser croire. Il reproduit ainsi une bande passante cohérente qui s’articule autour d’un grave tonique et d’un bas-médium charpenté. Certes les extrêmes basses sont tronquées, mais (comme on le verra dans un prochain test), l’apport de l’alimentation optionnelle X2 y remédie presque totalement. A l’autre extrémité, l’aigu est joliment dessiné et apporte une certaine densité. Quant au médium, il est expressif et palpable, en tous les cas davantage que sur bon nombre d’appareils de ce prix. Manifestement l’Obelisk SI ne vise pas la plus extrême neutralité, mais une aptitude à véhiculer toute l’énergie de la musique enregistrée. Il y parvient notamment grâce à un remarquable sens du rythme, et à ce côté « swinguant » qui fait défaut à beaucoup d’électroniques « bien sous tous rapports » mais parfois un peu lénifiantes. Le SI, lui, met un point d’honneur à tonifier l’écoute, à lui injecter une dose d’adrénaline. Sa scène sonore lui ressemble : carrée mais profonde, avec une sensation d’extension plutôt réussie. Bref, Heed a raison, le SI reprend à son compte les vertus euphoniques d’un « bon vieux » push-pull d’EL34, avec un soupçon de verve supplémentaire.

Positionnement hiérarchique
A ce prix, il existe de très nombreuses machines sur le marché ; la tâche de l’Obelisk SI n’est donc pas simple. Ses deux principaux attraits résident dans sa personnalité bien trempée (tant visuelle qu’auditive), et sa capacité à évoluer au gré des options du catalogue Heed. Cet appareil plaira au mélomane qui souhaite se démarquer avec un produit anticonformiste. Dans cette gamme de prix, les meilleures machines restent le Naim Nait 5 i (1 140 €) et le Van Medevoort MA250 (1 250 €), moins chères, mais non évolutives…

Les chiffres
Prix : 1 360 euros
Dimensions : 220 x 85 x 360 mm
Poids : 6 kg
Puissance :
35 watts sous 8 ohms
60 watts sous 4 ohms
Impédance d’entrée : 10 k ohms
Sensibilité d’entrée : 500 mV
Rapport signal/bruit : 96 dB