Van Medevoort Episode 2 : l’interview…

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Cette marque néerlandaise existe depuis de nombreuses années et pourtant elle ne fait pas de publicité tapageuse. En revanche, ses utilisateurs sont généralement des mélomanes comblés qui ne tarissent pas d’éloges sur leur matériel. Pour mieux connaître cet apôtre du bon sens et de l’écoute naturelle, nous sommes partis aux Pays-Bas interroger l’énigmatique Ad Van Medevoort, un homme simple, charmant, discret, mais qui parfois ne mâche pas ses mots…

Pouvez-vous nous brosser votre parcours en quelques lignes ?

Après des études d’ingénierie en électronique, j’ai travaillé pour des marques comme Dual, AKG, Audio Technica, Philips, aussi bien pour les produits destinés aux particuliers, qu’aux professionnels, et notamment les microphones de studio. La prise de son et la face « cachée » du monde de l’audio professionnel m’ont toujours enthousiasmé. D’ailleurs, côtoyer les pros permet de relativiser certains délires de la haute-fidélité de très haut de gamme. La musique est pour moi fondamentale. Mon père jouait du piano, j’ai joué du piano, je n’étais pas aussi doué que je l’aurais voulu, mais j’avais les instruments dans l’oreille. Et d’ailleurs, j’enregistre très régulièrement de la musique vivante, notamment les concerts de l’Orchestre Symphonique d’Amsterdam, tout près d’ici, ou des clubs de jazz de la région.
N.B. les locaux de Van Medevoort sont proches d’Amsterdam et d’Utrecht.

Comment avez-vous commencé votre activité sous votre nom ?

Par la conception d’enceintes. J’ai toujours possédé des électrostatiques. J’adore ce type de reproduction. J’ai commencé avec les enceintes en 1985, électrodynamique d’abord, puis électrostatique deux ans plus tard.
Peu de temps après j’ai commencé à faire mes propres amplificateurs, car la plupart des électroniques de prix raisonnable étaient incapables d’alimenter les électrostatiques, et les gros amplificateurs qui en étaient capables étaient bien trop chers.

Quel type de technologie utilisez-vous pour cela ?

Nous utilisons la classe A dite dynamique, une variante très efficace de cette dernière, que nous maîtrisons aujourd’hui fort bien, mais aussi la classe D.
A l’origine, la classe D a été conçue uniquement pour des applications nomades et très grand public, donc avec des performances médiocres, mais avec une volonté d’obtenir plus de puissance, d’énergie et d’autonomie pour un budget moindre. Puis la classe D a progressé et a été adoptée par certains constructeurs hi-fi. Mais personnellement les solutions de type Tripath et Ice Power ne m’ont jamais satisfait en termes de musicalité. Et puis j’ai eu l’opportunité de rencontrer le directeur de la division semi-conducteurs de Philips qui m’a proposé un composant de type classe D très prometteur qui fonctionne en grande partie de façon analogique. Je l’ai adopté sur une partie de la gamme, notamment l’ampli intégré MA250 qui a connu un bon succès commercial.

Est-il plus facile de « designer » un produit analogique ou numérique ?

Quel que soit le produit considéré, vous devez être compétent dans les deux domaines. Vous devez penser « analogique » pour faire de bons produits numériques et tenir compte du numérique pour les maillons analogiques. C’est notamment pourquoi nos alimentations sont toujours surdimensionnées et multirégulées pour être insaturables et hypersilencieuses.

Quels sont les avantages respectifs de vos deux classes d’amplification ?

La classe A telle que nous la concevons nous permet de réaliser des amplificateurs totalement insensibles à la charge, et toujours très qualitatifs. Notre classe D est moins polyvalente, certes, mais sur certaines enceintes, elle procure une rapidité et une absence de traînage remarquables, sans parler de la transparence. Et dans tous les cas, avec un excellent respect de la phase.

Quand avez-vous abordé les sources numériques ?

Peu après les amplificateurs, dans les années 90. Nous avons essayé plusieurs types de mécaniques avant d’opter pour le transport CD/SACD Marantz pour l’essentiel.

Que pensez-vous des différents types de transport pour la lecture des CD ?

La mécanique CD est de très loin la plus adaptée et conforme aux exigences du Red Book. Certains constructeurs optent pour la mécanique DVD, en argumentant son potentiel supérieur en matière de lecture, mais les exigences du CD et du DVD sont antagonistes. De plus la mécanique DVD, beaucoup plus sollicitée, est plus fragile. Je ne partage pas l’idée que l’on puisse faire le lecteur de CD le plus musical avec une mécanique DVD. Certes, dans un lecteur quel qu’il soit, la qualité n’est pas uniquement liée à la nature du bloc optique, mais aussi à l’implantation mécanique, aux circuits de décodage, à l’alimentation. Mais ce n’est pas une raison pour négliger un élément qui demeure crucial. Je suis toujours très surpris quand je découvre certaines machines particulièrement onéreuses et chichement dotées d’une mécanique DVD bas de gamme.

Vous faites un gros travail sur les circuits d’horloge, pourquoi ?

Il est important d’avoir un signal très stable avec très peu de bruit, de variation de phase. Plus l’horloge est bonne, meilleur est le son. Nous avons fait énormément de comparaisons auditives. La plupart des fabricants ne font que mesurer leurs circuits d’horloges, mais il faut aussi les écouter, les essayer. L’alimentation, la mise à la terre, voilà des éléments déterminants. L’environnement de l’horloge compte autant que la qualité de l’oscillateur. Par ailleurs, le routage des circuits est prédominant. Comme il existe des signaux de très haute fréquence, le trajet prend des proportions importantes. Contrairement aux circuits analogiques, le signal HF peut devenir instable et osciller. On doit donc isoler très attentivement toutes les sections du circuit.

Dans votre dernière génération de convertisseurs on remarque des ports USB. Quelle est votre opinion sur la musique reproduite à partir de l’ordinateur ?

C’est le futur bien sûr. On ne stoppe pas le futur… Le problème c’est que la qualité sonore est nettement moins bonne. Certaines personnes ne le comprennent pas ; c’est souvent parce qu’elles n’ont pas eu l’occasion d’écouter un bon lecteur CD.

D’où viennent les problèmes ?

Ils sont multiples, ce qui fait que le résultat n’est pas garanti, même si vous n’utilisez que des fichiers non compressés en prenant toutes les précautions. J’ai écrit il y a quelque temps un article d’une vingtaine de pages sur la question. Premièrement, il faut vérifier que vos fichiers sont bien non compressés. Ce n’est pas toujours le cas. Il faut adopter le format WAV, et pas un autre. Deuxièmement, avec des fichiers, même « lossless », l’ordinateur recalcule le flux numérique. Or l’ordinateur est une source audio exécrable. L’une des moins bonnes que l’on puisse trouver. Et c’est tout à fait logique, elle n’est pas faite pour cela. L’alimentation est bruyante, le système d’exploitation est perfectible, les composants sont très bas de gamme. Les bruits numériques sont importants, les taux de distorsion aussi, et le rapport signal/bruit est médiocre. Pour utiliser un ordinateur avec de bons résultats, il faudrait construire son propre modèle audiophile, et cela coûterait très cher.
N’oublions pas, en outre, que la mécanique intégrée (DVD en très grande majorité) est de mauvaise qualité, et que par conséquent l’acquisition des données est réalisée dans de mauvaises conditions, ce qui signifie que même en WAV, on a perdu beaucoup de données lors du « rippage ».

Donc vous n’approuvez pas les systèmes audio de très haut de gamme dont la source est uniquement basée sur un ordinateur ?

Navré, mais c’est un non-sens ; avec l’ordinateur on multiplie les sources de problèmes, alors que le but de l’audio high end est avant tout de les résoudre. Les gens qui prétendent que c’est meilleur me semblent intellectuellement malhonnêtes.

Pourtant, de grosses compagnies s’y sont activement consacrées ?

C’est une démarche commerciale qui en vaut une autre. Cela dit j’ai rencontré quelques exemples de recherches qui vont dans le bon sens. Mais aujourd’hui, on n’est pas encore au niveau d’un CD !

Et en changeant les programmes ?

Il est vrai que le « software » lui-même occasionne de grosses différences. Ainsi, cinq différents programmes de rippage, vous donneront cinq sons différents. Faites le test, vous serez très surpris. Mais la pollution inhérente à l’informatique est toujours là. Faites l’expérience de passer de la musique à partir de votre PC et éteignez l’écran, vous verrez la différence.
D’autre part, les systèmes d’exploitation Windows et Apple sont limités à 48 kHz par essence. Donc si vous souhaitez télécharger de la musique en HD, il est nécessaire d’adapter votre système, sinon vous ne pourrez pas le faire.
Enfin, la bande passante à la sortie de votre ordinateur est également limitée.
Quant aux interfaces USB-S/PDIF que l’on voit fleurir en ce moment, elles ne peuvent rien changer à la pauvreté du signal qui est récupéré en sortie de l’ordinateur. Les gens pensent que plus la fréquence est élevée, meilleur est le son. Mais cela n’a rien à voir. L’upsampling ne résout pas le problème. C’est un dispositif qui doit être utilisé au sein des convertisseurs, avant l’étage de conversion.

Dans tous vos produits on retrouve des alimentations linéaires, pourquoi ?

Les alimentations à découpage sont extrêmement polluantes et ont une très mauvaise influence sur le reste du système. Vous n’imaginez pas ce que l’alimentation à découpage d’un lampadaire, par exemple, peut dégrader le son. Rien que le fait de brancher un ordinateur sur une chaîne en altère la qualité.

Peut-on réaliser des produits audio performants à des prix raisonnables ?

Bien sûr, à condition que l’étude soit bien menée, et que les composants soient dûment sélectionnés. Il ne faut pas se tromper sur leur choix. Trop basiques, ils ruineraient le meilleur circuit. Trop snobs, également (rires). Mais surtout ils grèveraient sérieusement son prix.
Nous sélectionnons tous les composants à l’avance. Les plus chers ne sont pas les meilleurs. Certains composants à la mode ne sonnent pas. On peut donc arriver à faire d’excellents produits à des prix raisonnables. Mais il faut contrôler chaque étape de la production, ce qui n’est pas possible quand on la délocalise, et qu’on n’est pas sur place pour tout encadrer.